L'étonnante érosion des édifices de Gizeh
L’érosion du plateau de Gizeh : ce que révèle l’état physique des monuments
En janvier 2026, une étude menée par l’ingénieur Alberto Donini s’est penchée sur la datation de la Grande Pyramide. Elle propose une chronologie très antérieure à celle communément admise.
Les monuments de Gizeh sont rattachés par convention à la IVe dynastie, au IIIe millénaire avant notre ère. Cette attribution est enseignée comme acquise. Elle ne repose sur aucune mesure directe appliquée aux édifices eux-mêmes. Aucun texte de fondation. Aucune inscription de chantier. Aucune analyse physique de la pierre permettant d’en établir l’âge.
L’étude de Donini adopte une approche différente. La pyramide est considérée comme un objet minéral dont l’état matériel constitue une source d’information.
Deux régimes d’érosion sur un même monument
À l’origine, la Grande Pyramide était entièrement recouverte d’un parement de calcaire fin. Cette enveloppe protégeait la maçonnerie interne. Après son démantèlement progressif, étalé sur plusieurs siècles à partir de l’époque médiévale, les blocs jusque-là protégés ont été exposés aux agents atmosphériques.
Donini décrit son protocole en ces termes :
« Puisque certaines pierres de parement des pyramides de Gizeh se sont effondrées lors d’événements catastrophiques, et puisque la période de leur effondrement et de leur retrait est connue, j’ai mesuré l’érosion de surface des pierres qui étaient auparavant recouvertes par ce parement, et je l’ai comparée à celle des pierres adjacentes, restées exposées aux agents atmosphériques depuis leur mise en place lors de la construction du monument. »
Il en résulte aujourd’hui deux états d’érosion distincts au sein d’un même édifice.
Le matériau est identique. L’environnement est comparable. La différence tient à la durée d’exposition.
Cavités, pertes de volume, désagrégations internes sont mesurées à plusieurs points de la base de la pyramide. Cette méthode d’érosion relative fournit des ordres de grandeur temporels.
Les résultats situent les durées d’exposition entre environ 11 000 et 39 000 ans avant le présent, avec une moyenne autour de 25 000 ans. Ces valeurs excluent la chronologie du IIIe millénaire avant notre ère. Les douze points étudiés présentent une cohérence statistique interne.
L’étude porte sur la Grande Pyramide. Mais le phénomène observé dépasse largement ce seul monument.
Erosion massive dite « taffoni » sur les blocs de parement encore présents à la base de la Grande Pyramide
Une signature d’érosion visible sur tout le plateau
L’altération du calcaire exposé au temps constitue un processus physique général. Là où la pierre est de même nature et soumise au même environnement, l’érosion produit des formes comparables.
Les temples funéraires de Khéphren et de Mykérinos présentent des altérations encore plus marquées.
Le temple funéraire de Mykérinos
À deux ou trois mètres du sol, les blocs montrent un état de dégradation avancé. Les surfaces sont profondément creusées. La pierre est évidée sur plusieurs dizaines de centimètres.
Les formes observées correspondent à un taffoni : cavités arrondies, pénétrantes, continues.
Le taffoni se développe préférentiellement dans des environnements où l’eau et les sels jouent un rôle central. Il apparaît principalement en milieu marin ou littoral, sur des calcaires soumis aux embruns. Les sels dissous pénètrent la pierre, cristallisent lors du séchage et provoquent une désagrégation interne progressive. La roche se creuse de l’intérieur.
Dans un régime désertique stable, le vent polit et abrase. Il ne produit pas ce type d’altération profonde.
La présence d’un taffoni développé implique un régime hydrique actif et durable, associé à une disponibilité en sels et à des cycles répétés d’humidification et de séchage.
Sur le plateau de Gizeh, cette signature indique un contexte où l’eau a circulé durablement, saturé la pierre, puis laissé place à des phases de dessiccation répétées. Ces conditions diffèrent radicalement de celles de l’Égypte historique.
Les données paléoclimatiques situent le dernier intervalle compatible avec une telle érosion hydrique avant 9600 avant notre ère, à la fin du Dryas récent.
Le temple funéraire de Mykérinos apparaît ainsi comme un édifice hérité, marqué par un passé climatique aujourd’hui absent du plateau.
Erosion visible sur le temple funéraire de Mykérinos
Le temple funéraire de Khéphren
Le même constat s’impose au temple funéraire de Khéphren. Les blocs présentent une érosion du même ordre. Les surfaces sont creusées en profondeur. La pierre est évidée sur plusieurs dizaines de centimètres. Ces blocs proviennent du même plateau calcaire. Leur état traduit une histoire longue, structurée par des phases répétées d’humidification et de séchage.
Erosion visible sur le temple funéraire de Khéphren
Comparaison avec les sites naturels
Les formes observées à Gizeh appartiennent à un répertoire géomorphologique connu. Dans le Sud-Ouest des États-Unis, en Arizona, en Utah ou au Nevada, des calcaires et grès exposés présentent des cavités profondes et des surfaces alvéolaires comparables.
Il convient de préciser un point essentiel : ce n’est pas la roche qui est datée, mais la phase d’altération qui a produit les formes visibles.
En géomorphologie, une roche peut rester stable durant des millions d’années, puis subir une transformation intense lors d’une phase climatique active.
Dans le Sud-Ouest américain, les taffoni visibles aujourd’hui se sont formés principalement entre 15 000 et 8 000 ans avant le présent, durant la transition post-glaciaire. Après le retour à l’aridité, ces formes se sont figées.
En Égypte, la même période correspond à l’expansion vers le nord de la mousson africaine, aux phases du Sahara vert, marquées par des précipitations durables et des nappes phréatiques élevées.
Les contextes régionaux diffèrent. Les moteurs climatiques sont globaux. Les effets sur la roche sont comparables.
Erosion taffoni visible dans le désert de l’Utah
Conclusion
Les temples de Gizeh présentent des cavités arrondies, des pertes massives de matière et une désagrégation interne du calcaire. Ces morphologies correspondent à des phases humides anciennes.
Les édifices du plateau de Gizeh ne datent pas de l’époque dynastique. Leur état physique impose une chronologie qui dépasse largement le IIIe millénaire avant notre ère. Ils portent les traces d’une exposition climatique antérieure à 8000 ans avant notre ère. Cette date correspond à la dernière période durant laquelle le climat a laissé une empreinte mesurable sur la pierre.
L’édification des monuments pourrait être bien antérieure.
Erosion avancée sur des blocs gigantesques du temple funéraire de Khéphren